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LA SUISSE - PAYS DE REVES

 

LA SUISSE est un pays de rêves.  Des rêves de pics enneigés, de chalets de campagne, de ruines de châteaux, de prés pleins de sève, de rivières fougueuses, de sombres forêts, de défilés escarpés et de gorges profondes, de lacs scintillants, d'auberges aux murs à colombages, de fêtes et bannières folkloriques, et de centres de villégiature et de sports chics.

Mais les Suisses eux-mêmes, quoiqu'ils se permettent aussi de souvent rêver, sont un peuple pratique et industrieux, farouchement indépendant et avide de liberté, dont les connaissances en matières scientifiques, commerciales et financières sont à la hauteur de celles de tout autre peuple. Leur talent organisateur a transformé la Suisse en pays de vacances, de récréation et de détente.  Leur pays unit les villes puissantes et industrielles des plaines septentrionales et occidentales à la beauté presqu'inconcevable et au sublime de leurs montagnes au sud et à l'est de leur territoire.  Ils ont appris qu'ils peuvent faire usage de leur puissance et de leur industrie tout en ménageant leurs trésors naturels.

Cet équilibre de valeurs humaines ne pourrait être plus évident que parmi les habitants du canton suisse le plus grand et le plus sauvage, les "GRISONS".  Ce Canton, situé dès l'antiquité au carrefour d'un commerce intensif entre les pays d'Europe septentrionale et méridionale, a survécu, pendant des millénaires, les effets des convoitises de leurs voisins.  Malgré ces tribulations, les habitants ont su comment protéger leur paradis et créer un environnement sans égal dans le monde, y compris et même dans le reste de leur pays, leur permettant de vivre sans déparer la nature.  Le vocable "Grisons" , traduction de "Grischun" ou "Graubünden" nous rappelle les "Ligues Grises", naguère un groupement de petits royaumes, l'une des dernières régions à s'intégrer comme canton dans la confédération helvétique.  Quoique bien connus parmi les amateurs de grandes vacances et les diplomates en descente aux grands hôtels de lieux tels que Davos, Pontresina, Flims et St. Moritz, les Grisons en grande partie ignorent les foules, sont inexplorés, salubres, sans prétentions, paisibles et libres de pollution industrielle..

Les Romains de l'antiquité se servirent des Grisons comme une plaque tournante pour leur commerce de sel et de marbre, destiné aux plaines de Lombardie, acheminant leur marchandise par la Via Mala jusqu'aux sources du Rhin Antérieur et les hautes passes, telles celles de la Septima et du Col de San Bernardino.  Ils établirent une "Curia", où se trouve maintenant la ville de Coire, capitale cantonale, et explorèrent l'arrière pays jusqu'à "Davos" (l'endroit "en arrière"), et minèrent le marbre rose dans cette région que nous appelons maintenant "Arosa".   Depuis le début du 19e, les centres peuplés des Grisons ont attiré les amateurs d'excursion et de sports des quatre coins de l'Empire Britannique, les diplomates de Bavière, de Prusse, et de l'Autriche-Hongrie, les célébrités américaines, ainsi que d'autres voyageurs du monde entier.   Cet apport "civilisateur" n'atteignait cependant pas, tel que dans l'ouest et le sud du pays, les nombreuses petites vallées nichées entre les centres démographiques et les rudes montagnes des Grisons

Ces petites vallées n'étaient accessibles qu'aux habitants locaux connaissant bien la topographie des lieux et restèrent ainsi en grande partie jusqu'aux annéees cinquante du siècle passé.  Pendant les dernières 50 années, cependant, de nouvelles routes ont été construites, mais il reste encore pas mal de petites chaussées carrossables, vestiges du moyen-âge, souvent ne menant à rien sauf un petit carré d'herbe verdoyante .  Là, quelques vaches sont en pâturage, un "Bündner", homme de montagne, tond son trèfle,  un petit hameau se balance sur un escarpement, et un chalet ou deux, festonné de fleurs en caisse et de contrevents bigarrés, trahissent l'arrivée de nouveaux-venus, peut-être de nouveaux époux, fils et filles de villageois du village d'en bas.

Ainsi, les Grisons ne sont pas du tout comme le centre, l'ouest et le sud  internationalisés de la Suisse, où des endroits fameux comme Gstaad, Montreux, Interlaken, Villars, et les nombreuses petites villes autour de ceux-ci, se sont façonnés, dans les esprits des gens, en modèle de lieux de villégiature pour les voyageurs très riches et les célébrités.  Dans les Grisons, le caractère de la campagne est encore très local, les prix sont encore raisonnables, et les noms de famille ont encore une signification.  Plusieurs variétés de Romansch, d'origine latine, ainsi que l'Allemand et l'Italien, sont langues courantes, mais vous trouverez que les gens désirent vous comprendre, même si la seule langue que vous connaissiez soit le japonais.   N'ayant pas été débordés par le tourisme, les Grisons sont encore le moins pollué de tous les Cantons suisses, encore un endroit où les sourires sont véridiques, et où la main qu'on vous tend se doit d'être serrée et non monnayée.  Non, vous ne trouverez probablement pas beaucoup de jeunes femmes en "dirnd'l" et de jeunes hommes en culottes de cuir, ou d'autres signes de fausse tenue de campagne, quoique vous réussirez peut-être, si cela vous intéresse, à vous procurer une jolie cloche de vache d'un fermier intrigué par votre demande mais personnellement préférant l'usage de colliers radio pour son bétail.  Les gens des Grisons sont honnêtes...mais pas débiles !

En somme, les Grisons représentent l'essence de la Suisse:  son peuple ne pourrait être plus suisse qu'il ne l'est.  Regardez un instant la silhouette du canton des Grisons sur une carte suisse:  vous verrez de suite la ressemblance presque parfaite, une Suisse miniature, le noyau du pays de rêves.

MORISSEN

MORISSEN, où le Chalet est situé, est au coeur da la "Surselva", une région des Grisons à mi-chemin entre Coire, la capitale cantonale à l'est du canton, et le fameux Col du Gotthard à l'ouest.  Le village s'accroche à la côte la moins raide du Piz Mundaun, haute de 3000 m.  et dispose d'une vue panoramique du  "Val Lumnezia" (la "Vallée de la Lumière").  Ayant été dans son histoire un producteur de bois et de lait, Morissen fut fondé il y a au moins 700 ans, et a passé, au long des siècles, d'archevêché en archevêché, puis de rois allemands aux ducs de Bourgogne, servant de relai et d'auberge sur le chemin des grands cols alpins d'Oberalp et de Lukmanier.  Nommé en l'honneur de son patron guerrier, St. Maurice, aujourd'hui, Morissen est une agglomération de 250 habitants environ, et d'au moins autant de vaches et de brebis, produisant le fourrage et le lait.  Les habitants sont fiers de leurs astucieux ancêtres féminins, qui trompèrent une armée autrichienne, les poussant à ignorer la vallée, épargnant ainsi à leurs époux la conscription ou le carnage.  Un monument spécial en leur honneur, la "Porte des Femmes" a été récemment construit le long de la route vers Morissen

Le petit château de Morissen n'a qu'une signification historique modérée, mais donne cependant une certaine allure au village.  On peut encore trouver quelques très vieilles maisons, mais, somme toute, Morissen est un village assez typique de montagne dont la population augmente en saison "haute" d'hiver et d' été par l'apport des amateurs de vacances.  C'est un village où le labeur du paysan-éleveur de bétail ne manque pas.  Au printemps et en automne, les vaches et les moutons clopinent les rues en cheminant vers les pâturages du pays d'en haut ou en retournant de ceux-ci.  Le panorama vu de presque n'importe quel coin de ce village est une véritable merveille.  Bien entendu, les chalets du village sont, en grande partie, des chalets de vacances, mais un nombre surprenant sert de domicile permanent.  La poste, l'arrêt du bus, le mini-marché, la laiterie, le centre administratif, l'école, le garage des pompiers, un hôtel-restaurant, et une église subviennent à la plupart des besoins immédiats des villageois et des voyageurs. Quoique Morissen ait son propre maire (le "Präsident"), l'agglomération dépend administrativement du centre régional de Vella, à un kilomêtre à peine de là.  Le Chalet Nov' Arcadia est situé dans un petit groupement de villas aux abords du village et en lisière d'une petite forêt qui le protège du vent de montagne. 

`  NOV' ' ARCADIA  `

  D'où  vient ce nom ?

C'est un nom que nous avons donné au Chalet, dont nous sommes les propriétaires. Nous ne l'avons pas choisi du ciel bleu, mais parce qu'il représente l'intérêt de longue durée que nous portons à une qualité de vie reposante.  Avant de l'accorder à cette propriété au coeur des Alpes Suisses, son élément composant "Arcadia" appartenait à un ensemble d' autres propriétés, administrées par certains membres de notre famille, ou dans la jouissance de nos parents et autres ancêtres de plusieurs générations. Ce nom  reflétait la beauté de ces propriétés-là et le souvenir affectueux qui leur étaient portées.

Évidemment, nos familles n'étaient pas les auteurs de ce nom.  En fait, la plupart des gens savent bien que l'"Arcadie" était, à l'origine, une région montagneuse de la Grèce antique, au centre du Pélopponèse, dont les habitants, soit les "Arcadiens", était un peuple de bergers, parmi qui poêtes et troubadours  composaient des lais célébrant l'innocence et la beauté de leur vie quotidienne.  Nombreux sont ceux dans les pays de l'Ouest qui, depuis,  suivant leurs origines diverses, ont choisi de temps à autre de baptiser leurs propriétés et même leur culture avec ce nom.  Aux Etats-Unis, dans la Caroline du Sud, il existe, par exemple, une université s'appellant "Arcadia University".  Au cinquième siècle avant J.C., le fameux sculpteur Damophon de Messène, auteur de ces gigantesques têtes en marbre rose de Demeter et d'Artemis, déesses dans le panthéon grec, y fit son domicile. Le peintre français classique Nicolas Poussin rendait sur ses toiles le sens idéalisé de cette région avec ses versions des "Bergers d'Arcadie".  L'appel de la paix pastorale a inspiré bien d'autres à se laisser emporter par ces notions romantiques.

Au temps de la Reine Elizabeth I d'Angleterre, Sir Philip Sydney composa une ode à sa soeur, la comtesse de Pembroke, chantant les louanges de l'Arcadie. Shakespeare même y fait plusieurs fois allusion dans ses pièces.  Jacopo Sennazaro, le Napolitain, en 1490,  s'aventura à y situer les personnages de son oeuvre "Arcadia" , interposant ses Eclogues dans le texte.  John Milton, dans ses "Arcades" nous disait doucement:

Sur une lisse pelouse d'émeraude
Qu'aucune empreinte ne trouble,
Suis-moi et ma chanson,
Qu'accompagne mon luth vibrant sous mes doigts.
Sous le toit ombragé des branches
De l'orme que ne percent les étoiles,
Suis- moi,
Je te mènerai où elle règne,
Vêtue de splendeur telle seul
Une déesse peut arborer.
Une Reine plus champêtre
L'Arcadie ne connait pas.

Whitman, Wordsworth et Yeats ont composé plusieurs poêmes au sujet de l'Arcadie. Même Oscar Wilde nous murmure:

Entendez-vous la douceur de ce coucou
Se moquant du printemps
Dont la dernière violette près du puits s'attarde. 
 Entendez-vous  Daphnis, le berger, chanter
Comme temps jadis Linus,
Au soleil d'une clairière de chaude Arcadie
Où le maïs doré et les moissonneuses,
Tant souples que légères,
Semblent danser sur la claie. 

Il est, cependant, vrai, que tout n'était pas innocence, paix et bonheur.  En 1605, Samuel Daniel écrivait son "Arcadie de la Reine" qu'il appellait une "Trage-Comédie." Plus récemment, en 1993, Tom Stoppard composait le drame "Arcadie". N'oublions pas que le Styx même, fleuve mélancolique, coule lentement dans son lit d'Arcadie, et qu'Hercules, pour son cinquième labeur, devait, avec sa crécelle, apeurir et abattre les Stymphalies, ces grands oiseaux anthropofages de l'antiquité.   Virgile, le poête latin nous décrit une Arcadie allégorique, afin de célébrer la grandeur de Rome, flatter son Empereur, et prédire un âge d'or.  Sur un ton goguenard, Robert Greene (1590) nous signale qu'en Arcadie, la brise vous ensorcellerait :  "Ton haleine est comme un effluve de pommes".

Nous en passons, car maints sont les auteurs de pièces dramatiques et de "nouvelles" qui continuèrent au cours des siécles, d'une manière ou de l'autre, soit par sarcasme ou par nostalgie, de célébrer l'Arcadie ou de pleurer l'oubli de cet âge lointain et la perte  de sa pûreté pastorale et de son insouciance.  Cherchant de servir les intérêts, voire même de courtiser, leurs contemporains et leurs bénéfacteurs, ces oeuvres sont, pour la plupart, glissées dans l'abandon littéraire.

Pourquoi nos grands-parents et autres ancêtres longuement décédés ont voulu lier leurs propriétés de campagne à l'Arcadie, quels étaient leurs mobiles, nous ne savons pas, mais le nom reste avec nous et nos enfants.  Dans un certain sens, nous le chérissons parce que, pour chaque génération, il s'associe avec le chez-moi, un endroit reposant et rustique.  Ainsi, très récemment, il y a à peine 10 ans, nos enfants l'ont donné à notre maison de campagne californienne, que ma femme et moi, nous avons bâtie dans le Comté de Sonoma, en lisière d'un collier enchanteur de vignobles allant jusqu'à l'horizon par monts et par vaux.  En 1986, lorsque nous batîmes le Chalet, nous lui avons aussi donné le nom d'"Arcadie", mais en le faisant précéder du mot romansch "Nov".

Ce "Nov' " est un élément du nom du Chalet ayant pour objectif de rappeller le caractère essentiellement local, romansch, de cette propriété, construite avec des roches locales, du bois local et du labeur local. "Nov'" veut dire "neuve" en français, mais dans "Nov'Arcadia", l'Arcadie n'est neuve que dans le sens qu'elle y est renée d'un réutilisation de ces roches, de ces pierres et de ce bois qui, avant sa renaissance, embellissaient déjà la campagne autour d'elle.

Nous espérons que votre séjour à la Nov' Arcadia sera aussi agréable et inspirateur que nombreux parmi nos invités et nous-mêmes avons trouvé le nôtre pendant ces années du millénaire, et que vous reviendrez, de temps en temps, pour renouveler vos propres liens à un passé paisible et poétique.